BTP et insertion professionnelle : les responsables d’écoles de formation se prononcent


Batiboom : Insertion professionnelle dans le BTP

La formation est certes primordiale mais que faire d’une formation professionnelle si l’emploi n’est pas au rendez-vous ? L’insertion professionnelle est un volet crucial dans ce secteur. Les responsables d’écoles de formation en bâtiment et travaux publics donnent leur avis sur la question.

Le BTP compte plusieurs acteurs. Les chefs d’établissement ou de département en génie civil font partie de ce lot.

La question de l’insertion professionnelle soulève plusieurs problématiques, et ces derniers expliquent comment, au niveau de leurs écoles, cet aspect est pris en compte.

M. Daniel DIARA, Directeur administratif de BATISUP estime qu’il y a pas mal de débouchés pour les étudiants car « dans un premier temps le secteur du BTP se porte bien, on construit partout à Dakar, il y a des villes, des universités qui se créent. Vous avez le pôle de Diamniadio qui n’est pas à négliger. Ainsi nos étudiants sont disséminés à l’intérieur du Sénégal ».


A côté du marché de l’emploi, apparaît un autre aspect : l’entreprenariat. Le secteur du BTP est un milieu sensible qui met en jeu la vie des personnes. Il est donc impératif de bien maîtriser le milieu et ses enjeux avant de se lancer dans l’entreprenariat. «Nous avons une formation en entreprenariat et nous incitons nos étudiants à créer leur propre entreprise seulement après avoir capitalisé un minimum de 3 ans d’expérience en entreprise et en bureau d’étude » explique-t-il.

Le Sénégal est en chantier, le secteur du bâtiment et des travaux publics est en effervescence, cependant le taux de chômage est toujours élevé. A tous ces jeunes chômeurs M. Daniel dit « Il ne faut pas rester à dormir chez vous en disant qu’au Sénégal sans relations tu ne peux pas être embauché. Battez-vous. Allez chercher du travail. Certes, cela dépend aussi des domaines et du marché, mais à nos étudiants nous disons : tant que vous êtes au chômage votre profession c’est de vous lever chaque matin et d’aller chercher du travail ».

Enfin, comme pour éveiller la conscience des jeunes qui dorment encore, il termine :

« D’un autre côté je demande aux jeunes de développer la culture de la connaissance, la quête du savoir et la recherche de compétence qui sont le gage d’un emploi bien rémunéré ».

La formation en BTP est devenue depuis quelques années l’une des priorités de l’Etat mais aussi des acteurs du milieu qui créent des écoles afin de permettre aux jeunes de ce pays d’avoir une place dans un domaine d’avenir et débordant d’opportunités. Cependant, l’insertion professionnelle doit aussi figurer en bonne posture dans la politique de l’Etat car, une jeunesse bien formée et active est le socle du développement d’un pays.


L’Ecole Supérieure d’Electricité du Bâtiment ESEBAT, par la voix du responsable de l’orientation M. Aziz SENE, affirme que « les étudiants arrivent à s’insérer dans le milieu actif dès le BTS en poche. Ils paient eux-mêmes leurs études. Le jour ils travaillent et le soir ils suivent les cours ». Dans les objectifs de la formation figure un module pour la création d’entreprise mais dans la pratique les étudiants sont surtout confrontés à « un problème de financement », explique-t-il.

De l’avis de M. SENE, la création d’écoles de formation professionnelle est venue pour pallier au manque de jeunes opérationnels dès leur fin d’études, alors il est assez contradictoire que ces jeunes diplômés aussi n’arrivent pas à trouver de l’emploi. « Cela n’est pas de notre ressort mais de celui de l’Etat qui doit mettre les entreprises dans les conditions adéquates pour recruter des jeunes car il faut aussi que les entreprises respirent. Néanmoins, notre école n’a vraiment pas de problèmes d’insertion car nos étudiants ont l’avantage d’avoir une connaissance qui leur permet d’exercer sans forcément passer par une entreprise ».

Il continue d’un ton assez ferme en disant « qu’il est inadmissible pour un jeune diplômé professionnel de chômer, cependant je conseille à tous ces jeunes dans cette situation, la patience et la persévérance ».


Ces responsables d’écoles sont presque tous unanimes, le secteur du BTP se porte bien. Et quant à l’insertion professionnelle, M. Sidy DIOP chef du département de génie civil du G15 abonde dans le même sens. Il affirme qu’ « elle est assez bonne même si actuellement les écoles de formation dans ce domaine fusent de partout. Nous avons de très bons éléments qui arrivent facilement à trouver un emploi dès leur sortie. Il faut aussi noter que beaucoup d’entre eux sont arrivés à créer leur propre entreprise. Les anciens embauchent souvent leurs cadets dès leur sortie ».

M. DIOP estime toutefois qu’« il ne faut pas tout attendre de l’Etat. Nos étudiants sont assez outillés pour faire face au monde du travail en devenant eux-mêmes des employeurs. Ici, le savoir-faire est de mise, en plus de la connaissance ». Les étudiants sont donc interpellés, ils ont le devoir de se battre car « ils n’ont pas forcément besoin de moyens énormes pour démarrer même si c’est de façon artisanale, il suffit de peu pour pouvoir travailler » soutient-il.

Et comme pour renchérir, M. Ibrahima HANN, professeur de topographie dans ladite école ajoute que « le savoir-faire est le gage de la réussite et nos étudiants sont vraiment aptes à travailler dès leur sortie. Cependant, il faut un encadrement de la part de l’Etat, qui devrait donc regrouper tous ces jeunes opérationnels et favoriser ainsi la création d’entreprises ».

Selon lui, « aujourd’hui le malheur est que la majorité des étudiants est concentré à l’UCAD et on dit souvent qu’elle ne forme que des chômeurs. Il faut remédier à cela en associant dans l’enseignement supérieur la pratique à la connaissance ».

M. Salam SAWADOGO, directeur des études à l’Ecole Polytechnique de Thiès certifie qu’au niveau de l’EPT l’insertion est « acceptable, car tous les sortants sont aujourd’hui insérés ou dans une moindre mesure, le temps de latence après les études est relativement court ». Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il existe « un réseau d’anciens de l’école qui sont aujourd’hui des chefs d’entreprises. Ils recrutent donc beaucoup de nos étudiants. Aussi, parce que nous sommes en partenariat avec quelques entreprises pour faciliter, et le stage et l’insertion».

Chaque étudiant souhaite évidemment être embauché à sa sortie mais n’oublions pas qu’une autre option est à envisager : créer son entreprise et devenir employeur. L’EPT forme aussi ses étudiants à cette éventualité, grâce à un « module sur l’entreprenariat qui permet aux jeunes d’avoir une certaine autonomie, et qui arrivent au bout d’un certain temps à créer leur propre entreprise ».

De l’avis du directeur des études, l’Etat gagnerait à favoriser l’entreprenariat chez les jeunes, et à créer les conditions nécessaires aux partenariats entre les écoles de formation et les entreprises. Car à ce jour, on observe une certaine « réticence » de la part de ces dernières.


L’insertion professionnelle est aussi prise en compte dans les missions de l’ESP (école supérieure polytechnique de Dakar) qui a à son actif des entreprises partenaires mais aussi un Bureau Virtuel d’Aide à l’Insertion Professionnelle créé par l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF). Cette plateforme permet un espace de rencontre entre étudiants et entreprises, pour les demandes d’emplois et de stages.

En somme, le bilan est positif en termes d’insertion professionnelle si l’on se réfère aux avis de ces responsables d’établissements. Néanmoins, les autorités étatiques gagneraient à canaliser tous ces jeunes diplômés du BTP en créant un cadre propice à l’entreprenariat. Aussi, pour promouvoir cette insertion, des partenariats entreprises-écoles sont indispensables.


Cependant il revient à cette jeunesse de faire preuve d’abnégation, d’ambition et d’audace pour tenir tête au marché de l’emploi.


E.Marame FAYE

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