Sénégal : Le permis de construire négligé malgré son accessibilité


chantier en construction (DR)

Les sénégalais prennent-ils le permis de construire ? La mort de quatre enfants suite à l’effondrement d’un mur de clôture au quartier Mermoz en novembre dernier, a relancé la question. Une plateforme web semble apporter la solution à une meilleure acquisition de ce document ô combien essentiel, mais délaissé pour diverses raisons.


Assis dans la salle d’attente du chef du bureau des permis de construire au service régional de l’urbanisme de Dakar, Sidy Fall examine le contenu de son cartable rouge : une demande manuscrite, des plans architecturaux, un extrait de plan cadastral, un plan des fosses septiques, un titre de propriété, le devis descriptif du projet, un timbre fiscal et le reçu de taxe d’urbanisme. Le tout pour un projet d'immeuble R+1 à Grand-Yoff. « Je peux construire sans permis mais je préfère suivre les règles. Ça sécurise mes travaux », avoue-t-il fièrement.


Écroulements de maison, affaissements de toits. Ces événements parfois tragiques prêtent à questionnements sur le suivi des procédures d’obtention du permis de construire pour les chantiers au Sénégal.


Le délai : point de discorde


Mais contrairement à l’idée répandue, les dakarois sollicitent l’autorisation de construire, à en croire Makhoudia Tall, chef du bureau des permis de construire. Toutefois, ceux-ci n’attendent pas la réponse avant d’entamer les travaux de leur chantier, ajoute celui-ci. Une attitude motivée par la lourdeur administrative qui a longtemps caractérisé le système.


L’obtention de ce document nécessaire entre autres : pour tous travaux neufs de construction, de réalisation de clôtures d'une hauteur dépassant deux mètres, de modifications extérieures aux constructions existantes, paraît lassante, selon bon nombre d’avis. « Le traitement était manuel. Un dossier pouvant prendre 4 à 6 mois, voire plus avant d’aboutir. Alors avec le récépissé de dépôt de la demande d’autorisation de construire, les gens s’en vont construire pressés par les conditions socio-économiques », explique l’ingénieur en aménagement territorial.


Par ailleurs, il juge obsolètes les dispositions du code de l’urbanisme, face aux enjeux d’urbanisme actuels. Adopté en 1968, ce code qui régit les autorisations de construire n’a subi qu’une « petite modification » en 1988 et notamment en 2009 avec l’érection du ministère de l’urbanisme des permis de construire au détriment des collectivités locales.

Sidy Fall, demandeur du permis de construire


La solution Teledac


Face à ces difficultés, "teledac.org", plateforme en ligne de demande d’autorisation apparaît comme une bouée de sauvetage. « Cet outil facilite le travail. Les gens ne se déplacent plus », affirme Makhoudia Tall, le regard plongé sur l’interface du site web. Cette solution numérique en essai depuis 2014, impulse un nouveau souffle dans le système, aux dires du chef du bureau des permis de construire du service régional de l’urbanisme de Dakar. « De 28 jours pour les dossiers simples – construction de rez-de-chaussée R+4, ce délai reste indéfini pour les dossiers complexes, c’est-à-dire les bâtiments à ascenseur, les centres de santé, etc. », renseigne-t-il.


Selon Makhoudia Tall, l’initiative vise aussi à améliorer le classement "Doing Business" du Sénégal. En effet, cet indice accorde une importance capitale à l’accès des populations aux services comme l’autorisation de construire. Fort de la synergie d’action entre sa structure, la direction de surveillance et de l’occupation des sols et l’Inspection générale des bâtiments, le chef du bureau des permis de construire tranche : « aujourd’hui, c’est quasi-impossible de construire à Dakar sans autorisation ».


Miguel Godonou



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