Cotonou : L'opération de déguerpissement des espaces publics crée la polémique

Démarrées depuis le 05 janvier 2017, les opérations de déguerpissement de l’espace public se poursuivent à Cotonou, non sans résistances. En cause actuellement : les lieux de cultes religieux que le gouvernement ne souhaite plus voir empiéter sur l’espace public.



Le carrefour Missèbo, après l'opération de déguerpissement (DR : Romarick ATOKE Photography)

« Le gouvernement considère que nos rues, nos espaces publics ne peuvent plus être exposés à l’expression de la foi et de la religion ». En conférence de presse le week-end dernier, Joseph Djogbénou, ministre béninois de la justice a réaffirmé la position du gouvernement quant à l’occupation de lespace public, désormais interdite pour toutes les manifestations quelles qu’elles soient. Le garde des sceaux est ainsi monté au créneau pour tenter de déminer une situation plutôt cafouilleuse ces derniers jours.


Tout commence le 20 janvier. Modeste Toboula, préfet des départements de l’Atlantique-Littoral intime l’ordre aux musulmans venus à la moquée de Cadjèhoun – centre ville de Cotonou - pour la prière hebdomadaire du vendredi, de dégager toutes les bâches installées sur la voie afin de permettre la fluidité du passage. Il s’en suit sur place, une bousculade entre autorités préfectorales et responsables religieux.


Levée de boucliers


A Cotonou, l’incident provoque une levée de boucliers de plusieurs personnalités politiques. C’est d’abord l’honorable Idrissou Bako qui sonne la charge. « Nous assistons à des abus dans la conduite des opérations de déguerpissement des espaces publics allant jusqu’à la destruction sélective de pans de certains lieux de culte », a-t-il écrit dans une question orale adressée au gouvernement, dénonçant une provocation du préfet Modeste Toboula.


Quelques jours plus tard, un autre parlementaire prend la parole. Dans une déclaration diffusée sur la chaîne de télévision privée Canal 3 et qualifiée par certains d’incendiaire, Issa Salifou, a appelé les fidèles musulmans à sortir massivement les vendredis pour exercer leur culte.


Du côté des dignitaires du culte musulman, l’on évoque « l’étroitesse des mosquées » pour justifier l’occupation des espaces publics. « Prier durant une heure de temps ne peut être assimilé à une emprise sur le domaine public », ont notamment déclaré, les responsables de la communauté musulmane du Bénin.


Le préfet lui, se défend de toute charge contre la religion musulmane. « Je suis d'obédience évangélique. Je n'ai pas eu de gêne à casser une église évangélique à Jéricho (NDLR, quartier de Cotonou). Le Chef de l'État n'aime pas une religion au détriment d'une autre », a-t-il affirmé.


Réaction d'un internaute sur Facebook


Négociations


Sur les réseaux sociaux, les réactions et interprétations de la mesure vont bon train. Si d’aucuns reconnaissent le bien fondé de la mesure, d’autres en revanche, restent moins affirmés sur sa nécessité, craignant une situation potentiellement explosive. Dans sa chronique du 31 janvier, le journaliste Jérôme Carlos a regretté un manque de dialogue entre le préfet et le maire, principaux exécutants de la mesure gouvernementale.


« Il y a des situations éminemment sensibles dans cette opération de libération de l'espace public. Savoir les identifier constitue un atout. Savoir les traiter avec l'attention et la sagesse requises arrive comme la cerise sur le gâteau (...) On ne saurait, par exemple, traiter comme une question ordinaire, l'occupation de l'espace public par les fidèles d'une religion. Il s'agit moins de montrer ses muscles que de muscler son cerveau pour réfléchir, pour trouver la bonne pédagogie qui aide à résoudre un problème global… », a-t-il poursuivi.


Parallèlement, les tractations se poursuivent entre les différents responsables pour tenter de faire baisser la tension.


C. Farid Akélé

A lire également