Elimane Sall : « La loi sur les loyers a été vidée de sa substance »

Président de l’Association pour la défense des locataires du Sénégal (ADLS), Elimane Sall a salué en 2014, le vote de la loi sur la baisse des loyers. 3 ans plus tard, l’heure est au désenchantement. Dans cette interview, le président ADLS dépeint un bilan décevant de l’application de cette réglementation sur le terrain. Il en profite pour esquisser quelques pistes de solution.


Elimane Sall

Batiboom : Qu’attendez-vous du rapport sur la baisse des loyers demandé par le président Macky Sall à son gouvernement ?


Elimane Sall : Nous nous félicitons de cette attention particulière que le président de la République accorde à cette question cruciale du loyer. Cependant malgré sa bonne volonté et sa vision, l’application de cette loi a été vidée de toute sa substance. Pour y apporter les correctifs nécessaires, le premier ministre doit être plus vigilant et attentif en renforçant la loi avec la mise en place d’un observatoire de l’habitat social, des loyers et de l’immobilier basé sur des informations sûres et fiables. Quand le responsable de tous les Sénégalais demande un bilan exhaustif, on doit répondre honnêtement et lui donner la situation exacte.


Donc, le bilan de l'application cette loi n'est pas satisfaisante selon vous ?


Nous l’avons décrié partout avec le soutien de l’écrasante majorité des Sénégalais qui ont constaté avec nous que le bilan est loin d’être positif, pour ne pas dire qu’il est complètement négatif. Les propriétaires font sortir les locataires par centaines avec des sommations de six mois pour cause de construction ou occupation personnelle, sur des bases fallacieuses. Au bout de quelques temps, ils augmentent les prix et les redonnent en location en majorant le prix (ce qui est formellement interdit par la loi). Il suffit de faire un tour dans les zones de forte concentration de locataires comme Grand Yoff, Niary Tally, Grand Dakar, Pikine, Guédiawaye …


Comment améliorer cet état de choses ?


Il faut assainir le milieu, en faisant de sorte qu’il y ait une traçabilité des contrats de location. Il ne faudrait plus laisser la signature des contrats entre les seules mains des bailleurs et des locataires. Il faut une forte implication des chefs de quartier, des services fiscaux. Ces derniers doivent exiger que tous les contrats passent par des bureaux d’enregistrement dans les municipalités. Cela pourrait être fait par des étudiants en droit rémunérés sur les droits d’enregistrement payés sur place ou dans des guichets créés à cet effet.


Quel intérêt revêt cette solution que vous préconisez ?


Cela aura un double intérêt : la vérification du respect des clauses du contrat et une base de données solide sur les maisons en location dans chaque commune. Chaque municipalité pourrait même tirer profit de cette communalisation. In fine, il faut revoir la loi avec tous les acteurs de l’immobilier (Etat, juristes, BHS, banques, caisse de dépôts et consignations, Sicap, HLM, propriétaires, bailleurs, promoteurs et agents immobiliers).


C. Farid Akélé

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