Romarick Atoke : « Il est important que les villes africaines se redéfinissent »

Au Bénin depuis le début de l’année, l’heure est au déguerpissement des espaces publics dans les principales villes du pays. A travers cette mesure, le gouvernement souhaite réaménager ces espaces anarchiquement occupés. Romarick Atoke, architecte béninois, explique à Batiboom, les enjeux de cette opération en cours dans un contexte africain où le moindre espace libre est rapidement pris d'assaut par les populations.


Romarick Atoke (Facebook)

Batiboom : Quelle lecture faites-vous des opérations de libération des espaces publics engagées par l’Etat béninois dans les grandes agglomérations depuis le début de l’année ?


Romarick Atoke : Ces opérations sont indispensables pour la phase opération des projets de réaménagement des espaces publics dans les villes béninoises, tout au moins les grandes artères. Aucune ville, aucun pays ne s’est développé sur le plan urbain sans passer par la case opérationnelle de tels projets. Aujourd’hui au XXIe siècle, il est plus qu’important que les villes africaines dont Cotonou, se redéfinissent pour être le reflet d’une ville dynamique, fonctionnelle et interactive où les espaces respirent. De ce fait, chaque riverain pourrait en jouir.


La ville de Cotonou à l'image de la plupart de ses sœurs au sud du Sahara, est caractérisée l’occupation anarchique des espaces publics. Qu’est-ce qui explique cela ?


A la base, la notion d’espace public n’est pas, comprise de tous les citoyens. Par ailleurs, dans certaines villes comme Porto-Novo ou Ouidah - moins à Cotonou – bien des propriétés ne sont pas clôturées parce que jouxtant des places au statut est mitigé. Elles sont à la fois, des places publiques et des places privées. Ce sont des places dédiées aux vodouns (vodounhonto / NDLR, place du vodoun), et qui ne sont jamais clôturées, compte tenu des recommandations du culte. Dans ces contextes les limites entre le privé et le public ne sont pas bien définis. Elles ne peuvent donc pas être bien appréhendées par les citoyens. Plusieurs autres raisons justifient cette non-appropriation de la notion public/privée.


Toutefois, avec l’insécurité grandissante et l’exode rural vers la capitale économique Cotonou, les citoyens ont bien l’habitude de matérialiser les limites de leurs propriétés. La notion s’est entre autres, affirmée ainsi et la distinction s’est opérée. Il faut également ajouter que pour le Béninois, tout ce qui se trouve devant sa propriété est la sienne. C’est pourquoi certains riverains s’approprient les espaces publics en face de leurs propriétés pour diverses activités, allant des boutiques en dur aux étalages en parasol ou en matériaux légers.


Un quartier de Cotonou après le déguerpissement (DR : Romarick ATOKE Photography)


N’est-ce pas là, une conséquence des politiques d’urbanisation approximatives des gouvernants ?


L’urbanisation de nos villes africaines est à redynamiser et à réadapter avec les composantes actuelles. C’est d’autant plus impérieux que ces villes s’urbanisent de façon galopante, voire à une allure quasi incontrôlable par les municipalités. Mais cela ne veut pas dire que l’urbanisation est approximative. L’urbanisation n’est pas contrôlée par les politiques. Elle s’opère par les riverains.


Il incombe à nos collectivités territoriales de mettre en place des actions concrètes, des outils efficaces et durables pour répondre aux grands défis de cette rapide urbanisation notée non seulement le Bénin, mais dans la plupart des villes africaines.


La nature a horreur du vide. Comment capitaliser sur le long terme sur la libération des espaces publics au Bénin, une fois la mesure achevée ?


Le gouvernement n’a certainement pas fait libérer les espaces publics pour les abandonner. Il y a sans doute un nombre de projets urbains qui seront réalisés pour non seulement occuper ces espaces dégagés, mais y créer également une dynamique afin de les faire vivre.


J’ignore lesdits projets à réaliser, mais je suis persuadé que ces espaces seront traités, puis arborés pour que nous ayons des artères verdoyantes, électrifiées davantage afin d’avoir un éclairage urbain adapté. On peut espérer à plus grande échelle, l’aménagement de promenades et des parcs dotés de mobiliers urbains pour une appropriation naturelle par les riverains.


C. Farid Akélé



























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